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Réno-Jouets : Rencontre Avec Annie Asselin

Réno-Jouets : rencontre avec Annie Asselin

– Derrière chaque réussite entrepreneuriale se trouve de la créativité, des prises de décision, de l’audace. En économie sociale, il se trouve également un besoin d’agir collectivement. Par une série de portraits, le PôleCN vous présente des histoires d’entreprises d’économie sociale (EÉS) en mettant en lumière les parcours des entrepreneur·e·s qui les nourrissent par leurs expériences et leur vision de l’idée d’entreprendre ensemble.

Décidée et dédiée à la mission de son entreprise, Annie Asselin est fondatrice et directrice générale de Réno-Jouets. Depuis 14 ans, l’entreprise d’économie sociale a permis de détourner plus de 1,4 million de jouets des sites d’enfouissement. Une grande partie de ces jouets à qui on donne une nouvelle vie sont offerts gratuitement aux enfants défavorisés. Les autres sont vendus dans le magasin situé sur l’avenue Watt à Québec. Portrait d’une entrepreneure qui a vu dans les jouets abandonnés une opportunité d’affaires et une façon d’agir concrètement pour améliorer le monde qui l’entoure.

De l’idée à l’entreprise

Annie Asselin a travaillé de nombreuses années en restauration dans des postes de gérance. Si ce travail a été sa véritable école en gestion, elle a également réalisé des études universitaires en administration, projet qu’elle a poursuivi à distance alors qu’elle avait des enfants en bas âge. « Lorsque je me promenais avec mes enfants, je voyais des jouets jetés devant les maisons. Le lendemain, la moitié était partie, mais il y avait encore des jouets potentiels qui auraient pu être ramassés et qui ne l’étaient pas. » « Annie découvre ainsi qu’il y a une lacune au niveau de la récupération des jouets: si on apporte les vêtements qu’on ne veut plus dans les friperies, il n’y a pas de lieu précis où retourner les jouets usagés. Dans le cadre de son dernier cours universitaire, elle réalise la première ébauche du plan d’affaires de Réno-Jouets. Satisfaite du résultat et voyant un réel potentiel, Annie commence à entreposer des jouets usagés qu’on lui donne. Elle en accumule une quantité impressionnante en peu de temps et décide ainsi de lancer son entreprise.

Le projet d’affaires prend la forme d’une entreprise d’économie sociale, en l’enregistrant en tant qu’OBNL, suite à des rencontres avec des organismes d’accompagnement et des bailleurs de fonds. « Au départ, je voulais créer Réno-Jouets à mon compte. Je savais que j’allais réussir. Mais finalement, j’ai vu le modèle de l’économie sociale et j’ai constaté ses bienfaits. Je me suis dit que je voulais que l’entreprise perdure et qu’il y avait ce potentiel-là avec l’économie sociale. »

Dans les premières étapes, Annie connaît beaucoup d’embûches et doit cogner à de nombreuses portes avant d’obtenir les appuis nécessaires pour concrétiser son projet. La nouvelle entrepreneure est tenace et tourne la page rapidement sur les épreuves qu’elle doit affronter. C’est par des rencontres déterminantes, notamment celle avec monsieur Richard Coulombe de la famille Pepsi, que son idée entrepreneuriale devient réalité. Annie insiste sur l’importance en tant qu’entrepreneur·e de développer et entretenir son réseau de contacts: « lorsqu’on connaît, on ne peut pas déconnaître! Il ne faut pas rester chez soi! » Encore aujourd’hui, monsieur Coulombe est un allié du développement de l’entreprise en s’impliquant notamment à titre de président de la Fondation.

La croissance et ses défis

En 14 ans, à force d’essais et d’erreurs, de démarchage et de projets, Réno-Jouets a développé son expertise et sa réputation en revalorisation des jouets usagés. « Au début, les gens pensaient que le projet ne fonctionnerait pas, que les gens ne donneraient pas leurs jouets et qu’ils n’achèteraient pas des jouets usagés. Il ne faut pas oublier: il y a 14 ans, la récupération n’était pas à la mode. Les gens n’achetaient que des jouets neufs. C’était mal vu de donner des jouets usagés. »

Depuis, le contexte a bien changé, mais la mission de Réno-Jouets demeure la même. « On n’est pas des revendeurs. Notre mission première est encore de détourner des jouets des sites d’enfouissement, de leur donner une deuxième vie en les donnant à des enfants défavorisés. Nous en donnons encore 2 sur 3. Le magasin est intéressant pour ceux qui nous choisissent pour l’écologie ou qui veulent épargner de l’argent. Ce n’est pas des personnes défavorisées qui viennent au magasin, car à eux, nous leur donnons les jouets! »

Réno-Jouets m’apporte toujours autant. Bien sûr, on se décourage parfois, c’est pas évident! Ce qui m’encourage, ce sont nos projets, notre dépouillement de cadeaux de Noël avec des familles défavorisées par exemple.

Encore aujourd’hui, le modèle entrepreneurial de Réno-Jouets est unique au pays et dans le monde. Les dons en jouets que l’entreprise fait dépassent largement les limites de la région. La mission, les partenariats et les opportunités de l’organisation ont explosé au cours des deux dernières années. Ces possibilités apportent leur lot de défis et les administrateurs ont accepté de s’impliquer en prenant part à des comités. Les 16 membres des conseils d’administration de Réno-Jouets et de sa fondation proviennent du milieu des affaires régional. Ils apportent une grande expertise à l’organisation: « Avec leur aide, on peut aller plus loin, on peut grandir. On construit des liens et des partenariats, notamment avec le souper-bénéfice annuel. »

Miser sur les forces de l’entreprise privée et les avantages de l’économie sociale

La beauté de Réno-Jouets, c’est que tout le monde fait de l’argent parce que ça appartient à tout le monde: c’est un OBNL.

La gestion de Réno-Jouets par Annie Asselin a de quoi inspirer plus d’un gestionnaire en économie sociale. Bien enracinée dans le modèle économique propre à sa forme juridique, elle n’hésite pas à s’inspirer des méthodes de gestion des entreprises privées, au bénéfice de sa mission. « Je suis à but non lucratif, mais j’ai le droit de faire de l’argent. J’ai toujours géré en économie libérale, mais avec l’avantage de l’économie sociale. Je peux aller chercher des partenaires que je ne pourrais pas obtenir en étant constitué en entreprise libérale. Ces partenaires vont m’aider en sachant que ça va rester dans la communauté, que ça va à des enfants, que ça ne servira pas à enrichir Annie Asselin: c’est pour enrichir tout le monde. »

Et la suite?

Avec une entreprise florissante comme Réno-Jouets, Annie Asselin est d’avis qu’il est désormais important de solidifier les bases, de pérenniser les activités. Cela pourrait notamment se faire par l’acquisition et la relocalisation dans une nouvelle bâtisse. Avec toute la ténacité qu’elle a faite preuve au fil des années, gageons qu’Annie Asselin parviendra à ses fins, entourée de la solide équipe d’employés et de bénévoles qu’elle a su rassembler!

Trois conseils de gestion tirés du témoignage d’Annie Asselin

Miser sur soi et sur les revenus autonomes

Il faut ne pas se fier sur les autres. Oui, prendre des subventions au démarrage, mais il faut rapidement s’organiser pour être autonome en tant qu’entreprise.

S’adapter

En économie sociale, il faut que tu sois capable d’accepter que tu aies plusieurs personnes impliquées qui vont argumenter avec toi. Il faut que tu vendes tes idées et que tu sois capable de mettre de l’eau dans ton vin. Je trouve que c’est un bel aspect parce que ça te ramène toujours à te poser des questions. Quand je décide de faire un projet, je vais chercher les personnes dont j’ai besoin. Et là, je le sais, ils vont péter ma balloune, mais c’est correct, parce qu’on va en faire une autre ensemble. L’idée est encore là.

Savoir s’entourer

Si j’avais un seul conseil à donner: assure-toi de t’entourer de gens avec lesquels tu as envie de travailler, que tu vas respecter. Il faut qu’eux aussi te respectent. Je suis la directrice, mais sans mon équipe et mes bénévoles, Réno-Jouets ne serait pas là. 

 

 

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